Pensée #1087
Il y a dans la forêt des bruits qui ressemblent à des paroles.
La Provence que je décris est une Provence inventée. Où je vais, personne ne va, personne n’est jamais allé, personne n’ira. J’y vais seul, le pays est vierge, et il s’efface derrière mes pas.
Les hommes au fond, ça n’a pas été fait pour s’engraisser à l’auge, mais ça a été fait pour maigrir sur les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes; s’en aller dans sa curiosité, connaître, c’est ça connaître.
Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.