Pensée #904
Physiquement, physiologiquement, moralement, la marche m’a soigné. Je suis parti boiteux, je suis revenu debout.
Physiquement, physiologiquement, moralement, la marche m’a soigné. Je suis parti boiteux, je suis revenu debout.
Lire Arthur Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins. Il s’échappe hors de l’Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l’amour en Belgique, se promène à Londres puis s’aventure à mort sur les pistes d’Afrique.
Quand le corps avance, l’esprit a tout le loisir de se pencher sur le parapet des souvenirs, de se livrer à la contemplation, de réfléchir au monde et de rêver, peut-être.
Je sais que le pas humain, la foulée du cheval sont les meilleurs instruments pour mesurer l’immensité du monde.
Marcher, c’est faire un bout de chemin avec le temps.
Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche, je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c’est quand j’avance, devant moi, que tout s’arrête : le temps et l’obscure inquiétude de ne pas le maîtriser.
L’homme libre possède le temps.
Le solitaire des forêts a deux amours, le temps et l’espace. Le premier il l’emplit à sa guise, le deuxième, il le connait comme personne.
En voyage, je vis, je respire, je cherche l’aventure. Je rencontre des êtres qui savent tenir une conversation, je croise quelques ennuis, je cueille une vision, je pousse une porte, je me sors d’un pas désagréable. Je traverse une forêt, je parle à un homme que je ne connais pas et lui confie davantage de choses que s’il était mon frère, parce que je suis sûr de ne pas le revoir.
Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pieds sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.