Frédéric Gros

Pensée #584

La lenteur de la marche, sa régularité, cela allonge considérablement la journée. Et en ne faisant que mettre un pied devant l’autre, vous verrez que vous aurez étiré démesurément les heures. De sorte qu’on vit plus longtemps en marchant, pas au sens où cela rallongerait votre durée de vie, mais au sens où, dans la marche, le temps ralentit, il prend une respiration plus ample.

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Pensée #568

La marche fait apparaître, avec le repos, la plénitude, cette joie seconde, plus profonde, plus fondamentale, liée à une affirmation plus secrète : le corps respire doucement, je vis et je suis là.
Marcher est une question non seulement de vérité, mais aussi de réalité. Marcher, c’est faire l’expérience du réel.

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Pensée #505

d’un quartier à l’autre, tout peut changer…
…la taille des maisons, l’architecture générale, l’ambiance, l’air qu’on respire, la manière de vivre, la lumière… la ville devient un paysage… avec ses renversements de perspectives, ses dangers et ses surprises.

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Pensée #277

On ne fait rien en marchant, rien que marcher. Mais de n’avoir rien à faire que marcher permet de retrouver le pour sentiment d’être, de redécouvrir la simple joie d’exister, celle qui fait toute l’enfance. Ainsi la marche, en nous délestant, en nous arrachant à l’obsession du faire, nous permet d’à nouveau rencontrer cette éternelle enfance. Je veux dire que marcher est un jeu d’enfant. S’émerveiller du jour qu’il fait, de l’éclat du soleil, de la grandeur des arbres, du bleu du ciel.

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Pensée #187

Je marche, sur des sentiers bien balisés, des routes déjà écrites certes, mais pour tracer en moi des chemins intérieurs inédits et nouveaux. Rien de tel que ces longues marches inutiles et rêveuses pour se réinventer. Je ne dis pas « se retrouver » surtout, parce qu’il n’est pas question dans mes marches, de retour, d’origine, mais de futur, de projection. Dans cette monotonie immense de la marche, cette respiration étirée du temps, soudain il redevient possible de se découvrir différent, se surprendre. Je marche pour sortir des continuités harassantes de la vitesse, des aliénations de la précipitation, pour que se produise en moi la possibilité de ces moments de réforme où je me sens capable enfin de redevenir, moi-même pour moi-même, une aventure.

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