Marcher, une philosophie

Pensée #277

On ne fait rien en marchant, rien que marcher. Mais de n’avoir rien à faire que marcher permet de retrouver le pour sentiment d’être, de redécouvrir la simple joie d’exister, celle qui fait toute l’enfance. Ainsi la marche, en nous délestant, en nous arrachant à l’obsession du faire, nous permet d’à nouveau rencontrer cette éternelle enfance. Je veux dire que marcher est un jeu d’enfant. S’émerveiller du jour qu’il fait, de l’éclat du soleil, de la grandeur des arbres, du bleu du ciel.

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Pensée #41

On ne fait rien en marchant, rien que marcher. Mais de n’avoir rien à faire que marcher permet de retrouver le pur sentiment d’être, de redécouvrir la simple joie d’exister, celle qui fait toute l’enfance. Ainsi la marche, en nous délestant, en nous arrachant à l’obsession de faire, nous permet à nouveau de rencontrer cette éternité enfantine. Je veux dire que marcher, c’est un jeu d’enfant. S’émerveiller du jour qu’il fait, de l’éclat du soleil, de la grandeur des arbres, du bleu du ciel. Je n’ai besoin pour cela d’aucune expérience, d’aucune compétence. C’est précisément pourquoi il convient de se méfier de ceux qui marchent trop et trop loin : ils ont déjà tout vu et ne font que des comparaisons. L’enfant éternel, c’est celui qui n’a jamais rien vu d’aussi beau, parce qu’il ne compare pas. Quand on part ainsi plusieurs jours, plusieurs semaines, ce ne sont pas seulement notre métier, nos voisins, nos affaires, nos habitudes, nos tracas que l’on quitte. Ce sont nos identités compliquées, nos visages nos masques. Plus rien de cela ne tient, parce que marcher ne sollicite jamais que votre corps. Rien de votre savoir, de vos lectures, de vos relations ne va servir ici : deux jambes suffisent, et de grands yeux pour voir. Marcher, partir seul, gravir des montagnes ou traverser des forêts. On n’est jamais personnes pour les collines et les grandes frondaisons. On n’est plus ni un rôle, ni un statut, pas même un personnage, mais un corps, un corps qui ressent la pointe des cailloux sur les chemins, la caresse des hautes herbes et la fraicheur du vent. Quand on marche, le monde n’a plus ni présent, ni futur. Il n’y a plus que le cycle des matins et des soirs. Toujours à faire la même chose tout le jour : marcher. Mais celui qui en marchant s’émerveille (le bleu des pierres dans la lumière d’une soirée de juillet, le vert argent des feuilles d’olivier à midi, les collines violettes au matin) n’a ni passé, ni projets, ni expérience. En lui c’est toujours l’enfant éternel. Je ne suis en marchant qu’un simple regard.

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Pensée #10

Il faudrait se donner ce luxe, inouïe et facile, de se promener dans son propre quartier, d’y marcher d’un pas incertain, hésitant, de décider de le parcourir pour rien, les yeux levés enfin, et lentement. C’est alors que le prodige survient. Et de seulement marcher, sans courir, sans se donner aucune mission précise, fait ressentir la ville telle un peu qu’elle est donnée à celui qui la voit pour la première fois. Comme on ne fait attention à rien en particulier, tout est offert à foison : les couleurs, les détails, les formes, les aspects. La promenade, de marcher solitairement et sans but, fait retrouver cette vision : je vois la couleur des volets ici et quelle tache de couleur cela fait sur les murs, je vois les arabesques délicates de longues grilles noires, je vois la bizarrerie de maisons absolument allongées comme des girafes de pierre et d’autres aplaties, large comme des tortues grasses, je vois la composition des vitrines, je vois, quand je marche au couchant, des façades bleu-gris et des fenêtres orange. J’effeuille ainsi longtemps les rues.

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